Expédition Nord-Nord 2026 : Bilan de l’expédition
Le périple de l’expédition Nord-Nord 2026 est terminé, mais les liens tissés au-delà des eaux du Groenland et du Canada ne font que commencer. Appuyé par la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable, ce périple a réuni un groupe diversifié de 90 participants, composé de jeunes, de détenteurs de savoirs autochtones, de scientifiques, d’artistes et d’autres éducateurs représentant le Canada, l’Alaska, les pays nordiques et les territoires autonomes — le Danemark, les Îles Féroé, la Finlande, le Groenland, l’Islande, la Norvège, la Suède et Åland. En vivant et en apprenant ensemble à bord de notre salle de classe flottante, le MV Ocean Nova, l’expédition a marqué une étape importante en célébrant le 30e anniversaire du Conseil de l’Arctique et du Programme nordique pour l’Arctique du Conseil nordique des ministres. Soutenue par trois partenaires clés — Affaires mondiales Canada, le Conseil nordique des ministres et le Conseil de l’Arctique —, cette expédition s’est imposée comme un exemple concret de renforcement des relations transfrontalières et de coopération internationale.
Le voyage a débuté à Ottawa, la capitale du Canada, où les participants se sont réunis sur le campus de l’Université Carleton pour commencer à tisser des liens au sein de leur communauté. La nervosité initiale liée au voyage s’est rapidement dissipée lors de promenades le long du canal Rideau et d’une visite à la Galerie nationale du Canada, où le groupe a pu admirer « Qillaniq », une exposition d’art autochtone circumpolaire contemporain. Cette exposition comprenait des œuvres de l’une des éducatrices de l’expédition, l’artiste et biologiste inuite Jessica Winters, originaire de Makkovik, au Nunatsiavut, donnant d’emblée le ton quant à la façon dont la science, l’art et la culture resteraient étroitement liés tout au long du voyage.
Dans le cadre de leur préparation à la vie à bord du navire, les jeunes ont également collaboré à l’élaboration d’une entente communautaire. Plutôt que d’établir une liste de règles rigides, ils ont défini des valeurs communes, notamment la patience dans la communication, l’approche du voyage dans un esprit d’apprentissage continu et le respect de la diversité des opinions.

La transition de la terre à la mer a commencé par un vol nolisé de trois heures et demie reliant Ottawa à Nuuk, au Groenland. À son arrivée à l’aéroport de Nuuk, récemment agrandi, l’équipe a été accueillie par la NAPA, l’Institut nordique du Groenland, pour un repas composé de spécialités locales, accompagné de danses traditionnelles au son des tambours de l’est et du nord du Groenland.
Debout sur la côte humide de la vieille ville de Nuuk, les participants ont aperçu pour la première fois le MV Ocean Nova ancré dans le port. Pour plusieurs, l’embarquement à bord du navire constituait en soi une étape importante, marquant le début de deux semaines passées dans notre maison et notre salle de classe flottantes. À bord, le thème central de la gouvernance, des valeurs démocratiques et de l’autodétermination a pris tout son sens. Le groupe a découvert l’histoire politique du Groenland, depuis la colonisation en 1721 jusqu’à l’obtention de l’autonomie gouvernementale en 2009. Cette exploration de la diplomatie nordique s’est appuyée sur les points de vue de nos éducateurs à bord. Camila Aviaja, qui travaille au ministère des Affaires étrangères du gouvernement du Groenland et occupe la présidence du Groupe de travail sur le développement durable du Conseil de l’Arctique, a expliqué la transition de la gouvernance groenlandaise et comment la prise de décision collective exige un consensus entre les douze ministres. Julie Croteau, agente du Service extérieur canadien, a apporté son point de vue de première main en tant que diplomate, en partageant son expérience dans la mise sur pied du nouveau consulat du Canada à Nuuk, qui a ouvert ses portes en novembre 2025 afin de se concentrer sur l’engagement politique, les occasions commerciales et les liens entre les peuples.

En mettant le cap vers le sud, le navire a fait escale à Qaqortoq, une ville de 3 000 habitants caractérisée par ses maisons colorées accrochées en gradins le long de collines rocheuses escarpées. C’est là que le groupe a accueilli Kenneth Høegh, président des hauts fonctionnaires de l’Arctique du Conseil de l’Arctique, qui a partagé avec les participants au programme à bord sa longue expérience personnelle et professionnelle acquise au sud du Groenland et dans le domaine de la diplomatie circumpolaire.
Les exposés de Kenneth ont porté sur le thème du développement durable et de la résilience communautaire. Il a présenté au groupe l’équipe de Tanbreez Mining, qui a fait une présentation sur son projet d’exploitation minière de minéraux essentiels à Killavaat Alannguat. Les jeunes ont découvert les origines géologiques de ce site — formé par un volcan qui n’est jamais entré en éruption —, ce qui en fait l’un des plus grands gisements de terres rares inexploités au monde. En explorant les installations locales et en examinant des carottes géologiques, le groupe a discuté de la manière dont le projet pourrait apporter un essor économique de 120 ans à la région à la suite du déclin de l’industrie de la pêche locale, ce qui a suscité une discussion équilibrée sur la gestion des ressources, le consentement communautaire et l’avenir économique. Après la visite, les jeunes ont exploré la ville, se rendant sur des terrains locaux pour disputer des matchs de soccer amicaux et dynamiques avec des jeunes de la région et des touristes suisses, renforçant ainsi les liens interpersonnels tissés au cours du voyage.

La réalité concrète du réchauffement climatique est apparue avec une clarté saisissante dans le fjord de Tasermiut. Sous la conduite de la climatologue Maureen « Mo » Raymo, les jeunes ont pu constater que le glacier actif s’était retiré de plus d’un kilomètre par rapport à l’endroit où la glace rencontrait l’eau salée il y a vingt ans. Alors que les zodiacs étaient regroupés près du front glaciaire, Maureen a expliqué les principes physiques de la calotte glaciaire du Groenland, qui perd 271 gigatonnes de masse glaciaire chaque année. Cette observation directe des changements climatiques a profondément marqué les jeunes, comme en témoigne la réflexion de Riley Cyre : « J’étais fatigué ce matin, jusqu’à ce que je sorte et que je voie ce glacier. Je me suis senti revigoré, plein d’énergie… C’est désormais à nous de protéger ce glacier, cette calotte glaciaire».
Steven Guilbeault, ancien ministre de l’Environnement et des Changements climatiques du Canada, a approfondi ce thème lors de séances à bord du navire, retraçant l’augmentation mondiale de la consommation de combustibles fossiles et les défis climatiques auxquels fait face le Canada. Il a suscité des discussions sur la transition vers l’énergie propre, en mettant en avant les efforts en matière d’énergie renouvelable aux États-Unis et en Chine, les installations individuelles de panneaux solaires au Pakistan, ainsi que l’efficacité croissante des véhicules électriques. Ce thème s’est poursuivi sur l’île d’Uunartoq, où se trouvent des sources thermales naturelles alimentées par l’énergie géothermique. En plus de se baigner dans l’eau chaude à 38 degrés Celsius et d’admirer les icebergs à la dérive, les participants se sont engagés dans la gérance environnementale — c’est-à-dire l’utilisation responsable et la protection de l’environnement naturel par des pratiques durables — ainsi que dans la surveillance scientifique. Paul Hamilton a prélevé des échantillons d’eau pour étudier les algues et les microhabitats, tandis que Maureen a dirigé un projet de science citoyenne pour le Service géologique du Danemark et du Groenland, en utilisant un appareil de mesure géophysique pour déterminer le pH, la température et la conductivité, afin de montrer comment les sources thermales offrent un aperçu des processus souterrains.

La traversée de deux jours entre le Groenland et le Canada, par le détroit de Davis, a constitué une véritable salle de classe itinérante, axée sur le partage des connaissances et le dialogue. Au cours de la traversée, Whitney Lackenbauer, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’étude du Nord canadien, a animé une séance d’actualité sur les frontières et la sécurité dans l’Arctique. Le groupe a examiné le fonctionnement des frontières à l’échelle locale et internationale, abordant les limites maritimes, les plateaux continentaux, l’entente de 2022 sur l’île Hans (Tartupaluk) et les eaux intérieures historiques du Canada.
Malgré la mer agitée, divers ateliers pratiques battaient leur plein aux quatre coins du navire. La musique et l’art sont devenus des vecteurs majeurs de dialogue. Mia Kelly et Aasiva Nakashook ont animé conjointement des séances au cours desquelles les jeunes se sont exercés à chanter en harmonie. Ils ont travaillé sur une chanson collaborative écrite par les jeunes, mêlant l’anglais et l’inuktitut afin de trouver un terrain d’entente par la musique. L’artiste Jessica Winters a animé des séances d’arts visuels au cours desquelles les jeunes ont peint en utilisant divers styles et médiums. Dans ces espaces partagés, les jeunes se sont ouverts au sujet de leurs foyers et de leurs familles, un participant faisant remarquer : « Tout comme le navire tangue, notre conversation tangue aussi. »

Le navire a pénétré dans les eaux canadiennes pour rejoindre le parc national des Montagnes-Torngat, situé au Nunatsiavut, au Labrador — un immense espace sauvage dont le nom provient de « Tongait », mot inuktitut signifiant « lieu des esprits ». Ce parc est cogéré par les Inuits, et le séjour de la cohorte sur ce territoire a été profondément guidé par les savoirs autochtones.
La sénatrice Nancy Karetak-Lindell a fait une présentation très personnelle sur sa vie, parlant sans détours de son enfance marquée par les déplacements forcés, les pensionnats indiens et les numéros d’identification attribués par le gouvernement, avant son élection historique en 1997 en tant que première députée de la circonscription du Nunavut. Nancy a présenté au groupe les Maligait (les quatre lois traditionnelles inuites) que sont le bien commun, les relations respectueuses, l’harmonie et la planification de l’avenir. Lynda Brown, responsable de l’équipe des anciens, a approfondi ces enseignements en présentant les huit principes fondamentaux de l’Inuit Qaujimajatuqangit (IQ), tandis que la dirigeante sami de la côte, Gunn-Britt Retter, a partagé les valeurs environnementales des Samis et des récits de gestion traditionnelle issus de la Sápmi. Ces diverses perspectives autochtones ont été intégrées à nos visites sur les sites historiques. À la baie de Ramah — où se trouvent dix maisons en tourbe des Avanimiut et un site de carrière de chert de Ramah vieux de 5 000 ans —, Lynda a rassemblé les jeunes sur la plage pour leur enseigner l’art du chant guttural, ce qui a donné lieu à des compétitions amicales et animées. Sur la plage de North Arm, Nancy et Jessica Winters ont montré au groupe comment préparer du bannock traditionnel sur un feu de bois, que la cohorte a dégusté accompagné d’omble chevalier frais pêché le long de la côte. À Eclipse Sound, le groupe a franchi les rapides de la rivière à bord d’un Zodiac pour faire une randonnée le long d’une cascade, tout en observant des faucons pèlerins qui nichaient le long des falaises.

Ces excursions terrestres ont été complétées par des échanges académiques et scientifiques. L’archéologue Emma Gilheany a animé des discussions sur la manière de mener des projets archéologiques collaboratifs respectueux du consentement des peuples autochtones locaux. Le géologue Peter Croal a animé une séance intitulée « Géologie, exploitation minière et réconciliation », au cours de laquelle il a expliqué la formation des minéraux et souligné que le consentement de la communauté et le soutien local sont tout aussi essentiels à l’exploitation des ressources que le gisement géologique lui-même.
Alors que le MV Ocean Nova poursuivait sa route vers le nord, l’île de Baffin et les eaux qui l’entourent ont servi de laboratoire marin en action. À bord de zodiacs pour longer la lisière de la glace de mer, le groupe a observé des morses et des ours polaires dans leur habitat naturel, ce qui a incité Geoff Green à réfléchir à l’importance de la conservation de l’habitat : « C’est leur habitat, c’est là où ils veulent être… Là où ils devraient être ». L’écologie aviaire a pris vie sous la direction de la biologiste Rielle Hoeg, qui a enseigné au groupe comment identifier les oiseaux marins en vol et analyser leurs populations. À l’île Hantzsch, une zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) protégée, le groupe est monté à bord de zodiacs pour observer des guillemots à bec épais, des mouettes tridactyles, des fulmars boréaux et des marins nichant sur les falaises escarpées.

La recherche scientifique a été directement intégrée à ces sorties. À bord d’un Zodiac spécialement conçu pour les activités scientifiques, Scott Carr a utilisé un sonomètre océanique fourni par JASCO Applied Sciences pour initier les jeunes à l’acoustique sous-marine, leur permettant d’écouter en temps réel les sons provenant des profondeurs afin de surveiller le bruit océanique d’origine humaine. Paul Hamilton a dirigé des activités pratiques de prélèvement de plancton à l’aide d’un filet près de l’île, recueillant des échantillons d’algues brun doré et démontrant comment de grandes quantités de fientes d’oiseaux agissent comme un engrais naturel pour stimuler la prolifération du plancton marin. De retour sur le navire avec ces données, les jeunes ont préparé des lames de microscope et analysé les échantillons marins, établissant ainsi un lien direct entre leurs observations sur le terrain et la science en laboratoire.
L’expédition s’est terminée le 22 juillet à Iqaluit, la capitale du Nunavut. En explorant cette collectivité de 9 000 habitants accessible uniquement par avion, les jeunes ont observé comment la ville relève les défis modernes — en comptant sur du carburant diesel acheminé par voie maritime et des denrées périssables transportées par avion, tout en adoptant de nouveaux développements comme Starlink et un port en eau profonde. À la Cadet Hall, la cohorte « North-to-North » sur le point de partir s’est réunie pour une cérémonie d’échange émouvante avec les jeunes de la deuxième expédition SOI, qui allaient prendre notre place à bord du navire pour entamer le voyage de retour vers le Groenland.

Alors que les dernières étreintes se partageaient au Cadet Hall et que le groupe prenait le chemin du retour, la véritable portée de ce périple est apparue au grand jour. L’expédition Nord-Nord 2026 n’a jamais été uniquement une question de kilomètres parcourus; il s’agissait plutôt des frontières franchies grâce au dialogue et à l’engagement commun envers un avenir arctique défini par la coopération, la résilience et le respect. Des glaciers du Groenland à la beauté sauvage du Nunatsiavut, nos jeunes sont devenus une famille mondiale, unis par les valeurs de la gérance environnementale et de la compréhension mutuelle. Cette expédition, rendue possible grâce au généreux soutien d’Affaires mondiales Canada, du Conseil nordique des ministres, du Conseil de l’Arctique et de tant d’autres partenaires de SOI, a démontré que notre avenir collectif repose sur ces liens. Ces jeunes leaders rentrent maintenant dans leurs collectivités d’origine en tant que nouveaux gardiens du Nord, prêts à transformer les leçons tirées de ce voyage en actions significatives et durables.